En bref
- Une stratégie de prix à l’export se construit à partir d’un prix de revient export complet (production, emballage, transport, droits, commissions, risque de change), puis se confronte aux prix du marché visé.
- Les aides publiques à l’export réduisent surtout vos coûts fixes de développement (salons, prospection, certification) : elles améliorent votre marge et votre capacité à investir, pas un rabais à offrir au client.
- Baisser systématiquement ses prix est une erreur : un positionnement fondé sur la qualité, la fiabilité et le service se défend mieux face à la concurrence.
- Méthode en cinq étapes : calculer le coût complet, étudier les prix du marché, choisir un positionnement, intégrer les aides au bon endroit, puis suivre la marge réelle par marché.
Beaucoup de PME marocaines abordent l’export en reprenant leur prix local et en y ajoutant le transport. Résultat : soit elles se retrouvent trop chères sans le savoir, soit elles vendent sans marge réelle une fois tous les frais payés. Une stratégie de prix à l’export solide demande une méthode, et les aides disponibles doivent y trouver leur juste place.
Étape 1 : calculer un prix de revient export complet
Le prix de revient à l’export dépasse largement le coût de production. Listez tous les postes, ligne par ligne :
- Coût de production du produit, adapté si besoin aux normes du pays cible (étiquetage, langue, composition).
- Emballage export : palettisation, conditionnement renforcé, marquages spécifiques.
- Logistique : transport jusqu’au port ou à l’aéroport, fret international, assurance, transit, frais portuaires.
- Formalités : certificats d’origine, analyses, certifications exigées par le marché.
- Commissions d’agent ou marge du distributeur local.
- Coûts financiers : délais de paiement plus longs, frais bancaires, couverture du risque de change.
- Coûts commerciaux : prospection, salons, échantillons, déplacements, traduction des supports.
Le choix de l’Incoterm (EXW, FOB, CIF, DAP…) détermine quels frais sont à votre charge. Calculez votre prix pour l’Incoterm que vous proposez réellement, sans oublier aucun poste.
Étape 2 : étudier les prix pratiqués sur le marché cible
Votre coût fixe un plancher, mais c’est le marché qui fixe le plafond. Pour connaître les prix réels :
- Relevez les prix de vente au consommateur ou à l’acheteur professionnel dans le pays visé, en magasin, en ligne ou dans les catalogues de concurrents.
- Remontez la chaîne : prix public, moins la TVA locale, la marge du détaillant, celle de l’importateur et les droits de douane. Vous obtenez le prix auquel votre importateur peut acheter.
- Interrogez vos contacts sur les salons et les importateurs potentiels : leurs objections sur le prix sont une information précieuse.
Si le prix acceptable par le marché est inférieur à votre coût complet, ne forcez pas : changez de marché, de gamme ou de canal, ou travaillez d’abord sur vos coûts.
Étape 3 : choisir un positionnement prix
Trois options principales s’offrent à vous :
- Prix d’alignement : vous vous placez au niveau des concurrents. C’est adapté aux produits standardisés, mais votre marge dépend alors entièrement de vos coûts.
- Prix de valeur : vous vendez plus cher en justifiant la différence par la qualité, la fiabilité des délais, la flexibilité sur les petites séries ou le service. C’est souvent le positionnement le plus durable pour une PME.
- Prix de pénétration : vous entrez plus bas pour gagner vos premiers clients, avec une hausse prévue et annoncée. À utiliser avec prudence : il est difficile de remonter un prix.
Baisser systématiquement ses prix est une erreur fréquente. Les acheteurs étrangers exigeants paient volontiers plus pour un fournisseur fiable, proche géographiquement de l’Europe et réactif.
Étape 4 : intégrer les aides à l’export au bon endroit
Les programmes d’appui à l’export, notamment ceux de Maroc PME, peuvent prendre en charge une partie de certaines dépenses de développement international : participation à des salons, missions de prospection, études de marché, certifications, conseil. Les conditions et les taux évoluent : vérifiez-les sur marocpme.gov.ma avant de construire votre budget.
Comment les intégrer dans votre réflexion sur les prix ?
- Elles réduisent vos coûts commerciaux de lancement, pas votre coût unitaire durable. Ne les répercutez pas en baisse de prix permanente : une fois l’aide terminée, votre prix ne serait plus tenable.
- Elles améliorent votre marge pendant la phase de conquête, ce qui vous permet d’investir davantage en prospection, en échantillons ou en adaptation du produit.
- Elles financent ce qui justifie un prix plus élevé : une certification reconnue, des supports commerciaux de qualité ou une présence régulière sur les salons renforcent votre positionnement de valeur.
- Elles réduisent le risque d’un premier marché test, ce qui permet de valider vos hypothèses de prix avant de vous engager plus largement.
Construisez donc deux calculs : votre prix de revient « sans aide », qui doit rester rentable à terme, et votre budget de lancement « avec aide », qui détermine combien de marchés vous pouvez explorer.
Étape 5 : sécuriser la marge et la suivre
- Change : fixez vos prix dans une devise maîtrisée et prévoyez une marge de sécurité ou une couverture si vous facturez en euros ou en dollars.
- Paiement : crédit documentaire, acompte ou assurance-crédit limitent le risque d’impayé, qui peut effacer la marge de plusieurs commandes.
- Révision : prévoyez dans vos contrats une clause de révision liée aux coûts du transport ou des matières premières.
- Suivi : calculez la marge réelle par marché et par client après chaque expédition, et comparez-la à votre prévision.
Exemple illustratif
Prenons l’exemple d’une conserverie de taille moyenne qui veut vendre en Europe. Elle calcule d’abord son prix de revient rendu chez l’importateur, transport, certification et commission comprises. Le relevé des prix en rayon montre qu’elle peut se positionner un peu au-dessus des concurrents d’entrée de gamme, à condition de mettre en avant l’origine et la traçabilité. Elle mobilise un programme d’appui pour financer sa participation à un salon professionnel et sa certification : ces dépenses n’entrent pas dans son prix unitaire, mais elles lui permettent de rencontrer des importateurs et de justifier son positionnement.
Plan d’action
- Construisez votre tableau de prix de revient export pour un produit et un marché prioritaires.
- Relevez les prix pratiqués sur ce marché et remontez la chaîne jusqu’au prix importateur.
- Choisissez un positionnement et rédigez en une phrase ce qui justifie votre prix.
- Identifiez les dépenses de lancement éligibles à un appui et vérifiez les conditions à jour auprès de Maroc PME.
- Mettez en place un suivi de marge par marché dès la première commande.
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